Henri, le troubadour.

Troubadour du vingt-et-unième siècle, je fais le lien avec ce passé étonnamment moderne et qui ressemble à notre époque sous bien des aspects.

Musicien, conteur et raconteur d’histoires et de l’Histoire. Je mêle les français anciens et modernes dans des fables médiévales jouée avec humour et interprète branles, gigues, courantes et autres joyeuses danses sur différentes flûtes, exilande, basse, ténor, au raushpfeife ou au cromorne.
En tant que troubadour, je suis aussi Barbe de Verrue, une trobaritz du treizième siècle réincarnée en un homme de notre temps qui vient vous faire rire en même temps. Je viens vous fait découvrir la vie des femmes et des hommes d’une époque méconnue.
Troubadour, musicien, musicologue, instrumentiste, et compositeur de formation. Je conçois des programmes de concerts sur mesure et transmets mon savoir à travers différentes publications.
Comédien, écrivain, historien, poète et conteur. Mais, avant tout, je suis celui qui est là pour vous faire rire, sourire et passer un bon moment en dehors du temps.

 
 
le troubadour musicien

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Existe-t-il une vérité médiévale ?

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Qu'est-ce qu'un troubadour ?

Troubadour : Le plus vieux métier du monde.

Le métier de troubadour est à la fois très localisé dans le temps et l’espace comme il est éternel et universel.
Il est celui qui trouve, le trouveur, le trobador occitan, la trobairitz au féminin, et son histoire commence avec Guillaume IX d’Aquitaine, 1071-1127, le grand-père d’Aliénor, qui est considéré comme le premier troubadour. Et se termine avec la croisade des albigeois, (1209-1229),même si on rencontre des troubadours après cette époque, qui a marqué la prise de pouvoir de l’autorité ecclésiastique sur cette forme d’expression.
On peut donc dire que leur existence a été très brève et très localisée. Dans la moitié sud de la France, le pays d’Oc, le Limousin, l’Auvergne, le Périgord, la Gascogne, la  Provence, etc.
Ils étaient issus de catégories sociales et bien loin de l’idée romantique qu’on se fait d’eux, allant quémander de châteaux en châteaux. Il suffit de songer que le premier d’entre eux, Guillaume IX d’Aquitaine, était plus puissant que le roi de France. Bertran de Born était coseigneur d’Hautefort, Jaufré Rudel était seigneur de Blayes, Folquet de Marseille deviendra évêque de Toulouse. Mais il est aussi vrai que certains comme Bernard de Ventadour, le plus génial de tous les troubadours, n’ont pu exister que grâce à de puissants mécènes, en l’occurrence, Aliénor d’Aquitaine.
Ils ont été suivis par les trouvères, à l’écriture plus académique et qui trouvaient dans le nord de la Loire, le pays de la langue d’oil, et les ménestrels, du bas-latin ministralis, serviteurs chargés d’un ministère, qui étaient rattachés à un seigneur qu’ils devaient distraire.

Mais, qui étaient les troubadours ?

Le troubadour faisait partie des jongleurs. Ce terme n’a pas, à l’époque, la connotation très spécifique que nous lui accordons aujourd’hui mais englobe tous les métiers dont la vocation est d’amuser, du latin « joculare ». Ce mot jongleur désignait donc autant les musiciens, les chanteurs et les conteurs que les acrobates, mimes, danseurs, les cracheurs de feu, les bateleurs, etc.

Les jongleurs étaient divisés en trois catégories .

Les saltimbanques, le « bas de l’échelle », ils se produisent sur les places publiques ou dans les tavernes.
Les instrumentistes, quand ils sont aptes à reproduire les mélodies et faire danser la foule sur un instrument de musique.
Enfin, les troubadours qui maîtrisaient à la fois l’art poétique et composait des mélodies pour accompagner le texte.
Mais ces fonctions n’étaient pas hermétiques et il arrivait qu’un troubadour fasse chanter ses cansos par un jongleur ou qu’un instrumentiste, Peirol d’Auvernha, renommé pour sa maîtrise du rebec, le violon au moyen-âge, est devenu aussi un troubadour dont la production est aussi abondante que d’une très grande qualité artistique.
De plus, l’un n’existe pas sans l’autre. Le troubadour n’écrit pas sa canso et, quand il l’a trouvée, il l’enseigne à un musicien qui se chargera de l’interpréter. Si nous avons aujourd’hui ces précieuses œuvres, c’est grâce aux notateurs, ce qui explique que, d’oreilles en oreilles, il n’existe jamais de transcriptions identiques d’une même œuvre, et nous n’avons pas de manuscrits autographes d’un troubadour.
Du reste, ces transcriptions ne sont que des aide-mémoires où souvent, le texte seul est indiqué alors qu’il est aussi indissociable de la mélodie que le serait celui d’une chanson de  Jacques Brel. 
Pour couronner le tout, les altérations et les rythmes n’étaient pas notée et on n’a pas la moindre idée des techniques de chant de l’époque. Il faut savoir que la gamme tempérée n’existe que depuis le 18° siècle. La reconstitution d’une prestation de troubadour fait donc appel à beaucoup d’imagination, à partir des transcriptions modernes ternaires qui nous servent aujourd’hui, qui, si elles sont pratiques, sont forcément erronées.
Des troubadours, nous savons donc qu’ils existaient mais pas comment ils chantaient, c’est l’éternel mais fascinant problème avec tout ce qui concerne le moyen-âge, il n’y a pas de vérité médiévale mais une recherche constante de nous en approcher.

Il n’y a pas de vérité médiévale.

Comment ? Me direz-vous, alors que la disparition des indices, en particulier des archives qui ont été détruites ou l’absence de documents dans une tradition essentiellement orale. Mais en faisant marcher nos petites cellules grises, comme disait Hercule Poirot. L’oralité permet une survivance, en particulier dans certaines traditions populaires ancestrales dont les troubadours se sont fortement inspiré, la musique et la poésie arabe et hispanique, par exemple, et dans une iconographie encore riche qu’il reste à analyser.

L’amour courtois.

Ce qui est certain, c’est que l’Histoire des troubadours est étroitement liée à l’amour courtois, au fin’amor, une manière d’aimer, sorte de transcription poétique de la féodalité, une relation dans laquelle le poète devient le vassal d’une grande dame, marié à un personnage puissant et pour qui il chante sans rien n’attendre en retour. C’est, ainsi que Guillaume IX d’Aquitaine dira :
 « D’amour je ne dois dire que du bien, si je n’en ai ni peu ni prou, c’est peut-être que je n’en dois pas avoir d’avantage, mais je sais qu’il donne aisément grande joie à celui qui observe ses lois. »
Chrétien de Troyes se montrait plus explicite :
« Mais Raison qui s’oppose à Amour lui ordonne de se retenir de monter, elle le sermonne et lui enseigne à ne rien faire dont il pourrait avoir honte ni reproches…. »
Bien sûr, il y a eu quelques incidents et Marcabru, le poète gascon trop entreprenant a été prié d’aller chanter pour les belles de Castille. Mais il est vrai que le roi moine, l’époux d’Aliénor, avait peu l’esprit à de telles manifestations artistiques.
Mais il y a aussi la très belle histoire de Jaufré Rudel qui, ayant entendu parler de la princesse de Tripoli, en serait tombé amoureux sans l’avoir vue, l’amour virtuel au moyen-âge, serait parti avec la deuxième croisade pour la rencontrer et serait mort dans ses bras.
Il y a quelques exceptions, comme toujours. Arnaut Daniel, ce troubadour périgordin qui fut une « star », dans la seconde moitié du 12° siècle et jusque pendant le Renaissance, tant que Dante et Pétrarque l’évoquent comme le « Grand maître d’amour ». Mais il a une vision plus concrète de la « chose », et l’inventeur de la sextine nous a laissé un grand nombre de poèmes érotiques :
«Puisse-t-elle mon corps, sinon mon âme, recevoir en secret dans sa chambre ! »
On ne peut être plus direct.
Bertran de Born est un troubadour militant et son œuvre est essentiellement politique. Un conflit a éclaté au sein de la famille des Plantagenêt. Les fils d’Henri II, soutenus par leur mère, se sont révoltés contre leur mère, Aliénor d’Aquitaine, et le théâtre de cette confrontation à lieu sur ce qui est actuellement l’ouest et le sud-ouest de le France mais qui sont alors de terres anglaises. C’est là qu’ont trouvé Henri II le jeune, Richard cœur de lion, lui-même troubadour et Geoffroy.
Bertran de Born est opposé à son frère, passé sous le giron des Plantagenêt, suzerains du Limousin et veut faire valoir son droit à être seigneur indépendant d’Hautefort. Son art va donc servir cette cause en soutenant Henri II le jeune puis Richard, avant de se retirer dans l’abbaye de Dalon, à la mort de ce dernier, où il finit ses jours.

Et puis, il y avait les femmes.

Les trobairitz étaient très nombreuses et non moins talentueuses, tant qu’on peut presque parler de parité dans ce domaine. Maria de Ventadorn, Almucs de Castelnou, Iseut de Capio, Na carenza, Guillelma de Roser, etc. Malheureusement, il ne nous reste que bien peu de textes qui témoignent de cette abondante production et une seule mélodie : « A chantar m’er de so que no volria », de la comtesse Beatritz de Dia. Il s’agit une superbe canso qui contribue à nous faire regretter que le temps ait effacé une si riche production.

Mais où est l’éternité dans une pratique limitée à trois siècles ?

Même si le mot troubadour désigne des poètes et musiciens durant une période donnée, cet art n’est pas né subitement du néant mais la continuité de pratiques millénaires existant dans les traditions et les cultures druidiques et de la Grèce antique ou arabes qui se sont répandues dans la péninsule ibérique. Il faut savoir qu’on voyageait beaucoup au moyen-âge, pèlerinages, croisades mais aussi échanges commerciaux, diplomatiques, etc.
Comme les bardes, qui appartenaient à la fonction sacerdotale, et les philosophes grecs, les troubadours étaient polyvalents, parfois médecins ou herboristes compétents, guerriers, comme Bretran de Born, hommes occupant des postes important dans la hiérarchie religieuse, comme Folquet de Marseille qui fut évêque de Toulouse.
Comme dans la tradition celte, on note le peu d’importance donné à l’écriture, ce qui explique le peu de trace qui nous reste de ces mélodies. Des spécialistes les notaient parfois dans des transcriptions sommaires qui apparaissent plus comme une « antisèche » que véritablement une partition comme nous l’entendons à notre époque.
Mais surtout, il est clair que dans la canso, c’est le texte qui dirige la mélodie et le rythme est une succession de valeurs longues et brèves suivant l’emplacement des accents dans les vers qui se rapproche du système grec comme une succession de tétramètre, précédés ou non d’une levée. Prenons ce vers d’une oeuvre de Brertan de Born  :
« Ai ! le-mo/sis-fran-cha/ter-ra-cor/te-e-e / sa… »
_  U _ / _    U     _ / _    U _ / _   U _ / __
D’où cette tendance actuelle à interpréter les cansos sur un rythme ternaire. Mais il est vrai qu’il fallait trouver un moyen de transcription pratique et adapté à notre époque.
Cet aspect est encore plus visible dans le descort et quand on lit les premiers vers de cette canso d’Aimeric de Peguilhan :
« Qui la ve en ditz : Pos Dyeus tant i mes, Bes. En na Biatritz, Non i es merces. Ges ; Car tangen moyritz Sos gays cortes. Es Que s’ara falitz. Gautz que non l’ages. Res. »
(Celui qui la voit en dit : « Dieu puissant vous avez mis tant de qualité en madame Béatritz, et, cependant, point du tout de pitié. Son gai corps courtois est tant agréablement formé que celui qui ne la possèdera point ne connaîtra pas la joie.)
Ce qui est intéressant, ces mots monosyllabiques intercalés comme des demi-temps surnuméraires qui traduisent le dépit du poète et qu’on retrouve dans les valeurs 5/8 et 7/8, dans l’œuvre future de Stravinski….
On retrouve ce même rythme des mots dans des poésies anglaises plus récentes :
« And the sheen of their spears was like stars on the sea… » (Lord Byron) Et le même état d’esprit dans des mouvements musicaux populaires, dans le rap et dans certaines techniques de jazz. Le rythme des mots dans la phrase donne le rythme de la mélodie.
Et puis, il y a les poètes chantants. Le mot troubadour était lié à une région et à un langage. La France s’étant linguistiquement unifiée depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts signée par le roi François 1er en 1539 et le système féodal ayant disparu, il n’y a plus lieu de différencier les appellations selon ces critères mais en fonction d’un état d’esprit, d’une manière de chanter l’amour.
Les troubadours sont nés des bardes et ont survécu avec les trouvères, les auteurs de lieder puis les poètes chantants qui assurent la continuité de ce métier venu du fond des âges et qui ne s’est jamais éteint.

Être troubadour aujourd’hui.

Cet état peut se décliner de deux manières : Le poète chantant que je viens d’évoquer qui accompagne ses mélodies à la guitare, comme, jadis, le troubadour le faisait avec son luth, ou accompagné par d’autres musiciens. C’est Brel, Brassens, Ferrat et encore bien d’autres.

Celui qui veut faire renaître l’ambiance au temps des troubadours en interprétant leurs œuvres. Bien sûr, avec des inexactitudes car il manque beaucoup d’informations précises et même les instruments ne sont que des répliques tardives d’instruments des 17 et 18° siècle, de Hotteterre, de Denner, de Rottenburgh… Mais il est peu probable que ces techniques attestées dans la préhistoire par des découvertes archéologiques, ait subitement disparu à la veille du moyen-âge pour reparaître à la Renaissance.    
Si on veut résumer, le troubadour d’aujourd’hui est là pour transmettre un savoir et pour faire vivre un passé, un état d’esprit, pour faire rêver et faire connaître une période mal connue de notre Histoire où on aimait, on rêvait, on créait…
Les nombreux châteaux forts qui ont survécu donne l’impression qu’on ne faisait que se battre au moyen-âge, alors qu’il y avait moins de guerre qu’aujourd’hui. Les troubadours sont là pour prouver qu’on savait aussi vivre au moyen-âge.