Les rois francs : qui sont-ils ?

Au début, il n’y avait rien. L’empire romain s’était écroulé et, avec lui, toute sa structure politique et culturelle ainsi qu’un morcellement de tribus germaniques gouvernés par des chefs, des rois francs. Ce sont pourtant eux qui, au moyen-âge, vont créer le royaume de France. Ils vont la doter d’une structure politique, d’un cadre légal, avec la loi salique, d’un système économique cohérent et d’une organisation administrative efficace. Ils ont développé une culture propre et riche enviée par le monde entier, en particulier grâce au mécénat qui a permis aux artistes de qualité de vivre et de créer. Ils ont assuré l’unité du royaume et sa sécurité aux frontières. C’est en cela que le moyen-âge est une période essentielle dans l’Histoire de notre pays, et c’est pour cela que je veux consacrer une série d’articles à ceux qui ont fait la France, les rois francs. Depuis Clovis Premier, en 481, puis les rois de France, à partir de Philippe-Auguste. C’est cette première période de l’ère médiévale que je vais aborder dans cette série d’articles.

qui sont les rois francs

Légendes et débats d’historiens rendent incertaines toutes affirmations sur les origines de ces peuples qui fuyaient les alamans, les huns et les ostrogoths.

Venus de l’est, les francs saliens se sont établis au quatrième siècle dans un secteur géographique qui correspondait approximativement au Luxembourg, à la Belgique, et aux Pays-Bas d’aujourd’hui. Leur nom viendrait du germanique franko (javelot, lance), comme les saxons. Ils tiraient leurs noms de la saxe, étaient avant tout des guerriers qui élisaient et se plaçaient librement sous l’autorité d’un chef de guerre qui exerçait son autorité dans son gawi.

La chute de l'empire romain d'occident

Rien n’est, ni clair, ni tranché, dans la longue décadence de l’empire romain. Cette longue chute, résultat de crises économiques, politiques, démographiques et militaires qui va durer deux siècles ennemis, depuis les premières intrusions « barbares » en gaule romaine en 245 jusqu’en 476, lorsque Odovacar, chef des Skires alliés aux Huns, dépose le dernier empereur d’occident et marque la fin de l’empire romain.

Ce n’est alors que la fin de l’empire romain d’occident alors que nait l’empire romain d’orient ou, empire Byzantin, dont la capitale sera désormais Constantinople. Celui-ci lui survivra près d’un millénaire. C’est, en effet, la chute de Constantinople en 1453 et la mort de son dernier en empereur, Constantin XI Paléologue, tué au combat, qui sonnera la fin de son épopée. A souligner que cette date est considérée par certains historiens comme la fin du moyen-âge et le début de la renaissance que de nombreux artistes et architectes byzantins, se réfugiant en Italie, va faire naître.  

Mais revenons à notre empire romain d’occident qui entame son long déclin au troisième siècle de notre ère. Son économie va mal car ses ressources ne parviennent pas à compenser le coût des guerres continuelles qu’oblige la sécurité de ses frontières. Les curies, chargées de faire rentrer des impôts toujours plus lourds, sont obligées de recourir à des méthodes violentes. Les contribuables récalcitrants sont emprisonnés, fouettés aux verges et condamnés à l’esclavage. Parfois, même à mort. Et pourtant, c’est l’échec, et l’état va se retourner contre ses propres institutions et les curiales vont être obligées de prendre la fuite.

Au sein de l’armée, ça ne va guère mieux. Même si tous reçoivent une même formation et un même équipement, de plus en plus de barbares, c’est-à-dire, de non romains, occupent les rangs de l’armée de l’empire. Ces soldats, issus de diverses peuplades des terres occupées forment une armée hétéroclite qui introduit les armes de jet les plus diverses dans l’arsenal militaire romain. Des gaulois, mais aussi des mercenaires venus de l’est, des steppes ou d’Arabie, s’illustrent dans la cavalerie. C’est une armée où les chrétiens et adorateurs d’Odin côtoient ceux qui vénèrent Jupiter et où on parle toutes les langues du monde qui défend les frontières de l’empire romain.

En face, les Barbares se sont organisés en ligue. Ils ont compris que pour vaincre les Romains, il fallait se battre comme eux. Ils ont amélioré l’armement de soldats professionnels, parfois formés dans l’armée romaine. C’est ainsi que, s’il n’y a pas eu de victoire décisive, de date précise pour entrer dans l’Histoire, cette longue érosion a fini par avoir raison de l’empire.

En 476, Rome récolte ce qu’elle a semé. Flavius Oreste est tué durant la bataille de Pavie. Son fils, Romulus Augustule, le dernier empereur romain âgé de 15 ans, part pour l’exil. Une nouvelle ère, qu’on appellera plus tard, le Moyen-âge, medium ævum, venait de commencer.    

Repaires chronologiques

C’est en 245 que commencent leurs intrusions sur notre sol ainsi que diverses invasions venues de l’est mais, en 264, Postumus réussit à mettre fin à ces raids, tant terrestres que maritimes.

En 269, la mort de Postumus et les luttes de ses successeurs contre les empereurs légitimes laissent le champ libre aux Francs et aux Alamans qui reprennent leurs pillages.

En 277, Probus soumet les Alamans mais ne parvient pas à réduire ni les Francs occidentaux qui occupent la Batavie, ni les Francs transrhénans qui occupent la Toxandrie, une région au nord de la Gaule romaine.

En 287, l’empereur Maximien écrase le roi salien Gennobaud qui choisit de se soumettre sans combat, avec tout son peuple. Maximien accepte sa reddition et installe les Saliens en Toxandrie.

En 306, les francs envahissent la Gaule, mais Constantin les vainc, les capture et les fait jeter aux fauves à Trèves.

Durant le quatrième siècle, les invasions continuent mais sont toutes repoussées par l’armée romaine.

Le cinquième siècle commence par une période d’accalmie entre les Romains et les Francs mais la pression des Huns vennus d’Asie poussent les Vandales, les Wisigoths et les Burgondes vers l’ouest. Avec les hivers particulièrement rigoureux de 405 et 406, le Rhin et le Danube sont pris par les glaces et les Barbares peuvent franchir facilement ces fleuves. Tandis que les Francs rhénans pillent une première fois Trèves, les Francs saliens protègent les provinces romaines de Belgique et de Germanie. Un de leurs chefs, Edobich, se rallie à l’usurpateur Constantin III qui organise la défense contre les envahisseurs.

Les Francs saliens qui s’étaient regroupés en un seul royaume gouverné par Théodomir, tué vers 420 par les Romains, puis par Clodion le Chevelu. Profitent du retrait des troupes romaines de Gaule, il conduit son peuple vers le sud et s’empare de Tournai et de sa région. Ils sont cependant arrêtés et battus par Aetius, qui leur accorde un fœdus autour de Tournai.

En 476, Odovacar, chef des Skires alliés aux Huns, dépose le dernier empereur d’occident et marque la fin de l’empire romain.

Le temps des fédérations

les francs et les rois francs

Le royaume franc, à l’origine du royaume de France, Rex Franciae, proclamé par Philippe-Auguste en 1204 est né de petites peuplades vivant à l’est du Rhin, qui se sont liguées résister à la pression d’autres envahisseurs venus de l’est.
Parmi eux sont les suèves, dont Jules César fera mention après les avoir vaincus en 58 avant J.C.. Conduits par Arioviste et alliés aux Séquanes, peuple gaulois de l’ouest du jura, ils auraient tenté d’envahir la Gaule. Ils se fédéreront avec d’autres tribus avant de s’installer le long du Main et seront connus sous le nom d’Alamans, tous les hommes. Ils seront vaincus par Clovis qui annexera leur territoire en 496.
Plus au nord, d’autres peuples se fédèrent, eux-aussi, mais dans la partie nord du Rhin. Les chamaves, les chattuaires, les bructères…. Entre autres, mais surtout les saliens, appelés à entrer dans l’Histoire. Ils fondent deux ligues de francs. Les francs saliens et les francs ripuaires.

Les francs rhénans, ou francs ripuaires, c’est-à-dire, francs des rives sont installés dur le cours moyen du Rhin, autour de l’actuelle Cologne.
Les saliens vivaient à proximité de l’embouchure du Rhin, dans une région se situant dans les actuels Pays-Bas.
Coincés entre les peuples venus de l’est, les goths, les vandales, les huns, et la gaule, leur position n’était pas des plus confortables. On peut comprendre qu’ils ont cherché une alliance avec l’empire romain pour qui, ces protecteurs de leurs frontières étaient précieux, même s’ils les attaquaient de temps en temps, histoire de montrer qu’ils existaient et d’agrandir leurs territoires.
On remarque que certains noms vont passer à la postérité, les suèves, devenant les souabes. Les alamans, les francs, mais aussi les frisons, qui furent soumis par Charles Martel puis Charlemagne, dont la langue maternelle était le francique ripuaire.

Clodion le chevelu

Mais revenons aux francs saliens qui vont créer les bases du royaume des francs dans ses bases géographiques avant que Philippe-Auguste en fasse une nation.                                                                              Ils sont très tôt fédérés à l’empire romain. Théodomir, que nous connaissons par Grégoire de Tours, était le fils de Richomer, général romain et fut même consul. Ce n’était pas très étonnant. Son neveu, Arbogast, eut une carrière semblable, étant franc et romain à la fois.                                                                                      L’armée romaine, on le sait, employait beaucoup de soldats de tous rangs originaires des contrées qu’ils avaient soumises, puis fédérées. Ainsi, Mallobaud, roi franc du quatrième siècle, a combattu les alamans au sein de l’armée romaine.                                                                                                                                               Enfin, quoi qu’il en soit, Théodomir ayant été égorgé avec sa mère par les romains, pour des raisons politiques qui restent obscures, Clodion devient roi des francs vers 428.

Personne ne se souvient de Clodion, dit, le chevelu. Et pourtant, c’est qui, ayant franchi le Rhin dès l’hiver 405/406, va envahir une partie de la province romaine de Belgique, un territoire qui servira de base à Clovis, son arrière-petit-fils, pour créer un royaume des francs dont les pourtours correspondent, à peu près, à ceux de la France, sauf en son quart sud-est, et de la Belgique actuelle.                                                                                                                                                  Aetius, chargé de la protection de la Gaule, est un peu débordé, étant occupé à combattre les burgondes, les alains, les francs ripuaires et les wisigoths. Clodion entre donc dans la province romaine de Belgique, s’empare de Tournai, Cambrai et Arras et arrive jusqu’à la Somme, de riches territoires et des villes essentielles sur le plan stratégique.                                                                                                                                                                                                                    Mais les francs aiment les fêtes. A son retour, Aetius attaque Clodion alors qu’il célèbre les noces d’un de ses officiers. Cependant, et surtout alors que les huns menacent la Gaule, le général romain est conscient qu’il ne peut pas se priver de tels alliés et décide de laisser au francs le territoire qu’ils ont conquis.

D’une certaine manière, Clodion le chevelu est notre premier roi, car c’est de ce premier territoire que va naître le royaume des francs.

Mérovée

On sait beaucoup de choses à propos de Mérovée, l’ancêtre éponyme des mérovingiens. La seule chose qu’on ne sait pas, c’est s’il a existé. Son seul portrait, à gauche, date du dix-huitième siècle.

Sa naissance même est une légende fantastique. Selon Frédégaire, qui n’est pas un fabriquant de réfrigérateurs mais un chroniqueur des six et septième siècle. Dont l’existence est tout aussi incertaine. La mère de Mérovée, alors qu’elle était déjà enceinte aurait été séduite par un monstre des océans. Selon la presse à scandale de l’époque, Il y aurait eu consommation. Ainsi, la mère de Mérovée, dont on ne sait pas le nom, aurait conçu une deuxième fois. Mais, au-lieu de donner des jumeaux, cette double conception a fait naître un fils dont le sang est à la fois humain et « monstruel ». Il me semble déjà avoir entendu parler du sang monstruel. Enfin, quoi qu’il en soit, c’est de cet événement que ses descendants, les rois mérovingiens, doivent leurs pouvoir magique et surnaturel.  

Pourtant, il est probable qu’il y ait eu un roi entre Clodion (390-450) et Childéric Premier (436-481). Mérovée serait donc né vers 410. Remarquez que, chaque fois que je donne une date, je devrais indiquer « vers », car aucune date n’est précise.

Mérovée aurait eu un frère, Clodovald. Ceci semble être précisé par l’historien grec Priscus, (410-471). Celui-ci explique que : « Le prétexte d’Attila pour sa guerre contre les Francs fut la mort de leurs rois et la dissension qui s’éleva entre ses fils pour la suprématie. L’aîné décida de s’allier à Attila, cependant que le second se tournait vers Aetius. »

Il affirme même avoir rencontré Mérovée lorsqu’il vint en ambassade à Rome : « Son visage était encore recouvert d’un duvet, et sa chevelure blonde était si longue qu’il en faisait des tresses. » Et que le général romain, Aetius en fit son fils adoptif. Mais, si Aetius mentionne le nom de Théodoric Premier, roi des wisigoths, tué lors de la bataille des champs Catalauniques contre les huns, en 451. Il ne cite pas le nom du roi des francs, ni saliens, ni ripuaires, qui ont pourtant subi de lourdes pertes.

Et je pourrais encore continuer longtemps pour vous expliquer que Mérovée a peut-être existé. Ou peut-être pas. Mais, quoi qu’il en soit, la dynastie des mérovingiens était née.

Victoire de Mérovée
Victoire du Roi Mérovée - Monture d'armoire en bronze argenté, Emmanuel Frémiet, 1867

Childéric Premier ou la naissance d’une dynastie.

Il est possible que Childéric soit devenu roi des francs en 450, alors qu’il avait quatorze ans à la mort de Clodion qui l’aurait eu dans sa quarante-sixième année. Il est possible qu’il soit le fils de Mérovée, maillon intermédiaire entre Clodion et lui. Il faut bien que l’Histoire garde un peu de mystère pour que nous ayons toujours le plaisir de fouiller dans les textes des chroniqueurs à la recherche de la vérité.

Childéric Premier, (436-481) est le premier roi franc pour lequel nous avons des informations à peu près précises. D’une part, par Grégoire de Tours, (538-594). D’autre part, par les chroniques d’Hydace, évêque de Chaves, de Marius, évêque d’Avenches et de Rémi, évêque de Reims, qui l’évoque dans sa Vie de Sainte-Geneviève. Bien que ce soient toutes des sources postérieures, elles nous permettent d’avoir une idée sur la vie de ce roi et précisent la réalité de son existence. D’autre part, il est le père de Clovis, dont l’existence est nettement plus certaine.

Son nom a été constitué à partir des mots fancisques Hild, combat et Rik, puissant. C’est dire l’importance de la guerre pour un peuple amené à se défendre sans cesse. Les rois sont donc, avant tout, des chefs de guerre. Une des conséquences de cet état de fait est la domination naturelle des hommes, même si le droit coutumier accorde certainement un certain nombre de droits aux femmes qui ont disparu : Dans un premier temps, avec la loi salique, mélange de coutumes franques et de droit latin, une civilisation qui n’était pas très féministe. Dans un second temps, avec l’assimilation par la culture chrétienne encore plus misogyne.

Anneau sigillaire trouvé dans la tombe de Childéric à Tournai en 1653. Bibliothèque nationale de France

Childéric Premier a un statut complexe. Il est à la fois roi des francs saliens et gouverneur romain de la Belgique Seconde, le territoire qu’ils occupent. Ainsi, on trouve dans son tombeau à la fois une francisque, une épée romaine à lame large, spatha, et le paludamentum, manteau porté par les généraux romains. C’est une époque durant laquelle s’opère une fusion entre les diverses cultures païennes avec le christianisme naissant des gallo-romains. La conversion de Clovis n’est donc pas le résultat d’un miracle soudain, d’une décision impulsive. Mais de la cohabitation séculaire des francs avec une civilisation romaine christianisée. 

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