Les Pippinides et les Arnulfiens

Depuis l’avènement de Clovis en 481, les tribus franques qui déferlaient sur les anciens territoires romains de la Gaule y ont créé un ensemble de royaumes à géographie variable.

L’Austrasie, la Neustrie, la Burgondie l’Aquitaine. Soit une bonne partie de la France actuelle, sauf la Provence, la Belgique et une partie ouest de l’Allemagne. Ces royaumes font partie d’une sorte de fédération, puissante, unifiée et structurée avec son réseau d’alliance, ses lois et sa monnaie. Cet ensemble se scinde au gré des successions ou se regroupe sous une même autorité.

Pourtant, le septième siècle est marqué par des querelles sanglantes entre neustriens  et austrasiens (au nord-est). Les derniers rois mérovingiens parviennent difficilement à s’imposer à leur aristocratie. La puissance foncière assure une influence grandissante à certaines grandes familles à leurs dépens.

Ainsi, depuis la mort de Dagobert en 630, et sauf pendant la régence de Bathilde de 657 à 659, le pouvoir réel est exercé par les maires de palais.  Les maires de palais, hauts dignitaires, qui étaient à l’origine de simples intendants du roi dans son palais, vont s’affronter dans de sanglantes querelles. Ils vont étendre progressivement leur pouvoir et leurs fonctions, à partir du septième siècle, jusqu’à se trouver en mesure de déposer les rois.

Saint Arnoul, fondateur de la dynastie des Arnulfiens. Vitrail de la chapelle Sainte-Glossinde à Metz

Ega, Erchinoald, Leudesius, sont maires du palais de Neustrie.

Mais c’est surtout en Austrasie que tout va se jouer. Les maires d’austrasie vont prendre progressivement le pas sur ceux de Neustrie à la tête des francs. On ne parle pas, alors, d’un royaume, d’un Etat, mais de rois du peuple. Rex Francorum, rois des francs. 

De véritables dynasties de maires de palais y sont nées :

  Les Pippinides, de Pépin, et les Arnulfiens, d’Arnoul de metz.

Les Pippinides, qui prétendent descendre de Francus, un Troyen légendaire, vont s’affirmer peu à peu et seront les rois carolingiens.

Vers 630, le mariage d’Ansegisel fils d’Arnoul de Metz épouse Begge d’Andenne fille de Pépin de Landen, scelle l’alliance entre la famille des Arnulfiens et celle des Pippinides.

C’est surtout après la mort de Wulfoald, fidèle conseiller et tuteur de Childéric Deux, roi des francs d’Austrasie, en 676, que le clan des Pippinides va pouvoir s’affirmer.  

Dès le deuxième quart du septième siècle, un certain Pépin de Landen s’empare de la mairie du palais d’Austrasie. Son petit-fils Pépin de Herstal et surtout son arrière-petit-fils Charles Martel exercent la réalité du pouvoir, respectivement de 690 à 714 et de 717 à 741. Charles Martel va même jusqu’à se passer de roi de 737 à sa mort en 741.

Son fils Pépin le Bref ne rappellera un roi mérovingien, Childéric Trois, en 743, que pour le détrôner publiquement en 751, avec l’aval du pape Zacharie.

Durant ces deux derniers siècles, la culture latine a progressivement régressé. Une crise économique sans précédent a mis à mal l’ensemble des repères de l’Occident antique. Elle est notamment due à la fermeture des routes commerciales avec le monde méditerranéen à cause des conquêtes arabes.

La fin de dynastie mérovingienne peut s’ouvrir sur une nouvelle ère, celle qui nous conduira à l’époque moderne et fera naître le Royaume de France.

Charles MARTEL (688-741)

Charles Martel peut être considéré comme le premier roi de la dynastie des carolingien, à qui il a donné son nom. Même s’il n’a pas été couronné, il a régné sans partage de 737 jusqu’à sa mort en 741.

Il était le fils de Pépin de Herstal, (645-714), maire du palais d’Austrasie et d’Alpaïde, la seconde épouse de ce premier.

La mairie était devenue héréditaire, comme la couronne mais sa prise de pouvoir ne fut pas aisée pour autant. Plectrude, la première épouse de son père, étant toujours vivante, il pouvait être considéré comme illégitime mais la polygamie était encore possible dans la culture franque, même si condamnée par l’Église, et ses deux demi-frères étaient morts.

Plectrude fit enfermer Charles pour l’écarter du pouvoir qu’elle réservait à son petit-fils, Théodebald, tandis qu’elle assurait la régence, mais les provinces du royaume, qui n’acceptaient pas de voir une femme les diriger se révoltèrent tandis que Charles, qui avait réussi à s’évader, prenait leur tête. Plectrude, vaincue, sera enfermée dans un couvent.

« Avec la matrone Plectrude, il décida de reprendre les trésors de son père, puis il récupéra son royaume à la tête duquel il plaça un homme nommé Clotaire. Chilpéric et Ragenfred réclamèrent l’aide du duc Eudes. Celui-ci lança une armée contre Charles Martel. Mais Charles Martel intrépide, lui courut dessus. Eudes prit la fuite entrant dans la ville de Paris et allant au-delà de la Loire avec Chilpéric et ses trésors. Charles Martel le poursuivit mais ne parvint pas à les rattraper…. »* 

* Extrait du chapitre 53 du « Livre de l’histoire des francs » (727)

Charles Martel, Grandes Chroniques de France. BL Royal MS Royal 16 G VI f. 118v.

Arrivé au pouvoir, Charles Martel renforce son pouvoir et installe Clotaire IV sur le trône. Puis, il tente de reprendre le contrôle du Royaume franc, affrontant la Neustrie et repoussant ses largement les frontières vers l’est jusqu’à ce qui est, de nos jours, l’Autriche et les Pays-Bas.

En 732, le duc Eudes d’Aquitaine, qui avait déjà vaincu les mahométans à Toulouse, demande son aide. Charles Martel arrête alors la progression des mahométans près de l’actuelle Vouneuil-sur-Vienne, bataille de Poitiers. Il les oblige à se replier vers Narbonne, mais la guerre se poursuivra jusqu’en 739 et Narbonne ne sera reprise qu’en 759 par son fils, Pépin le Bref. C’est là qu’il aurait gagné son surnom de Martel, marteau, le marteau d’armes étant aussi une arme de combat.

Cette épopée a largement contribué à unifier le Royaume franc.

Elle renforce aussi le pouvoir de Charles Martel qui en profite pour réorganiser l’armée.

Les armées franques étaient des milices composées de fantassins, d’hommes libres qui s’équipaient à leurs frais. C’étaient des armées difficiles à réunir et lentes à se mouvoir.

Charles Martel prend exemple sur les arabes et crée une cavalerie capable de se porter rapidement au-devant de l’ennemi.

Cette création va avoir des conséquences sociales.

En effet, les hommes doivent désormais élever des chevaux robustes et entretenir un équipement beaucoup plus onéreux. De plus, il leur faut s’entraîner.

En échange, Charles Martel va distribuer des terres en échange de l’obligation de répondre à toute réquisition et les lier par un serment de fidélité.

Gisant de Charles Martel dans la basilique Saint-Denis.

Pépin le Bref (714-768)

Pépin le Bref couronné par le pape Étienne II tandis que Childéric III est déposé. Enluminure des Chroniques de Saint-Denis, Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 782, fo 107 ro, XIIIe siècle.

Fils de Charles Martel, ses enfants héritent de la charge de maire de palais à sa mort en 741. L’aîné, Carloman, de l’Austrasie, Pépin de la Neustrie, et Griffon, de quelques comtés.

En 743, les deux frères libèrent Childéric III du monastère où il avait été enfermé mais gardent le pouvoir.

Mais en 747, Carloman choisit la vie monastique et cède la mairie d’Austrasie à son fils Drogon sous la régence de Pépin. Pépin est alors maître de tous les royaumes francs. 

Dès lors, il cherche à obtenir l’appui de l’Église (du Pape) et de l’aristocratie. Il posera une habile question au pape Zacharie : « les rois n’exercent plus le pouvoir dans notre royaume, est-ce un bien ou un mal ? »

Ce dernier lui répond qu’il vaut mieux appeler roi celui qui exerce le pouvoir véritablement afin que l’ordre ne soit pas troublé.

Fort de cette réponse, en novembre 751, Pépin dépose Childéric III, puis se fait élire roi des Francs, au champ de mai à Soissons.

En se faisant acclamer par une assemblée d’évêques, de nobles et de leudes, grands du royaume, Pépin devient le premier représentant de la dynastie carolingienne.

   La prise de pouvoir de Pépin se passe, pour une fois, sans effusion de sang. Après avoir été déposé, Childéric Trois est tonsuré. Il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les Francs, et va finir ses jours enfermé au monastère de Saint-Bertin, près de Saint-Omer.

À Soissons, l’évêque Boniface, son conseiller diplomatique, le sacre au nom de la sainte Église catholique. Le sacre est la nouveauté apportée par les Carolingiens, inspiré par l’Ancien Testament où Saül est oint du Saint Chrême par Samuel puis à sa suite David. Sacre déjà repris par les Wisigoths en Espagne un siècle plus tôt.

     Le roi est alors « un nouveau David », à la fois roi et prophète, ce qui mènera à la théocratie royale, le gouvernement des hommes par le père terrestre à l’image du Père Céleste, le pouvoir spirituel et temporel en un seul homme à la foi évêque de l’intérieur et de l’extérieur. C’est la monarchie de droit divin qui est née.

    En 768, Charles, fils de Pépin le Bref et de Bertrade de Laon, dite Berthe au grand pied partage le royaume avec son frère Carloman. La mort de ce dernier lui permet de réunifier le royaume. Il consolide les rapports vassaliques par des serments de fidélité. Il va alors se lancer dans une série de conquêtes et d’opérations militaires contre les saxons, les lombards et les musulmans. Il reprend l’Aquitaine. Il consolide les positions aux frontières avec la Germanie en se faisant reconnaître duc de Bavière.

Il entreprend une réforme monétaire, uniformisant le poids et l’aspect du denier d’argent franc. Mais la marque de l’autorité royale ne figurera systématiquement sur la monnaie qu’à partir de 793, sous Charlemagne.

Pépin s’intéresse à la culture et au savoir grecs. Le pape Paul Premier lui confie des livres liturgiques, des manuels de grammaire, d’orthographe, de géométrie, des œuvres d’Aristote.  

Le monastère de Saint-Denis devient le centre de la culture carolingienne naissante. 

Statue Pépin de Herstal sur le monument Charlemagne © Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam

Charlemagne (742-814)

Denier impérial en argent de Charlemagne, inspiré des romains. Figure le profil imberbe,, le front ceint de lauriers, le buste couvert du paludamentum. Cabinet des médailles, BnF, Paris.

A la mort de Pépin, le 24 septembre 768, le royaume est partagé entre les deux frères. Les territoires attribués à Charlemagne forment un arc occidental de la Garonne au Rhin, ceux de Carloman sont regroupés autour de l’Alémanie. L’Austrasie, la Neustrie et l’Aquitaine sont partagées entre eux. Mais, en 771, après trois années de paix relative entre les deux frères, Carloman meurt. Charles s’empare de son royaume, usurpant l’héritage de ses neveux. Il est désormais souverain de tout le royaume franc.

Le royaume des Francs comporte alors l’Austrasie, la Neustrie, la Burgondie, la Provence, l’Alémanie et des territoires semi-autonomes : l’Aquitaine, la Bavière et la Frise.

Charlemagne abandonne la frappe de l’or devenu trop rare en Occident. Il n’y a plus que des monnaies argent. En 781, Charlemagne fixe le rapport entre les monnaies.

La livre est divisée en vingt sous valant douze deniers. Mais, jusqu’au treizième siècle, seul le denier est une monnaie réelle. La livre et le sou sont des monnaies de compte.

Pour favoriser le commerce, il fait entretenir les routes et crée des foires. Les prix sont fixés au capitulaire de Francfort en 794.

N’ayant d’autre ressources que les revenus de ses domaines privés, Charlemagne dut faire appel aux Grands pour financer son administration. La puissance de la noblesse ne pouvait alors que s’agrandir aux dépens de l’État. Pour parer à ce danger, il exigea que les comtes lui prêtent un serment de fidélité au moment de leur entrée en fonction. C’est le début de la féodalité, le noble devenant, en quelque sorte, un vassal du roi.

Charlemagne, qui a considérablement élargi les territoires francs est sacré empereur d’Occident le 25 décembre de l’an 800, à Rome, par le pape Léon Trois.

La carte à droite marque l’extension de l’Empire carolingien sous Charlemagne depuis la mort de Pépin le Bref 768, partie en bleu.

Les conquêtes de Charlemagne sont en couleur saumon.

En jaune, les états versant un tribut.

Bien sûr, vous avez toujours accès aux autres articles sur les rois francs, La condition féminine au moyen-âge, Barbe de Verrue….

Chaque semaine, un nouvel article sera publié.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.