Le mariage franc est très simple. Ils se rencontrent, et si les époux sont d’accord, ils s’accouplent. Si elle était vierge, elle a droit à un cadeau au lendemain de sa nuit de noce : Le Morgengabe, ou don du matin. On comprend que le mariage n’ait pas une grande valeur dans l’esprit franc. Les hommes pouvaient avoir plusieurs épouses en même temps.

Quant au rôle des reines franques, il est assez difficile à définir. De même que celui des femmes, en général. C’est un peuple où seule l’aptitude à combattre importait.  Les rois étaient élus souvent parmi les plus valeureux guerriers. Une tradition à laquelle se mêlent l’influence romaine et l’emprise chrétiennes, qui ne vont pas contribuer à la naissance d’un féminisme excessif. Bien que wergeld, identique pour les femmes et les hommes, montre un état d’esprit, à l’origine, assez respectueux des droits des femmes.

En 486, Clovis épouse Evochilde, une princesse de la monarchie franque rhénane, pour renforcer ses positions. C’est le premier mariage diplomatique de l’Histoire. A moins que celui de Childéric et Basine de Thuringe, vingt ans auparavant, obéissait à la même logique.

Les princesses épousent des rois étrangers afin de contracter des alliances entre leurs pays et les rois qu’elles épousent. Ce système sera relativement le même jusqu’au mariage de Marie-Antoinette, princesse autrichienne, avec Louis Seize.

Leur pouvoir est alors très variable et dépend de l’influence qu’elles ont sur leurs maris mais elles n’exerceront jamais le pouvoir en propre même si elles exerceront parfois la régence au nom de leurs fils.

Parfois, les couples royaux étaient très unis et amoureux, comme Louis Neuf et Marguerite de Provence, mais il arrivait aussi que ces mariages diplomatiques contrecarrent de véritables amours.

Robert le Pieux aimait Berthe de Bourgogne, mais son père lui avait fait épouser Rozala d’Italie qui avait trente-cinq ans de plus que lui.

Charlemagne doit épouser Hildegarde de Vintzgau alors qu’il aime Désirée de Lombardie.

Certaines reines se sont même signalées par leur caractère. Constance d’Arles était particulièrement acariâtre. Judith de Bavière, épouse de Louis le Pieux menait une vie dissolue et Richilde, seconde épouse de Charles le Chauve, fut accusée d’inceste avec son frère. Mais ces accusations visaient parfois à écarter ces femmes du pouvoir et rien ne dit qu’elles soient fondées. N’oublions pas que, jusqu’à Christine de Pisan, (1364-1431), l’Histoire n’est écrite que par des hommes et pour des hommes.    

Sainte Bathilde, reine de France, par Victor Thérasse (1848), Paris, jardin du Luxembourg.

Les reines mérovingiennes.

Sainte Clothilde et le baptême de Clovis.

Les écrits émanent principalement de chroniqueurs religieux, même unique jusqu’au sixième siècle. La plupart de nos connaissances sont dues à l’Histoire des francs de Grégoire, évêque de Tours, (539-594). Il nous parle de Clodion, Mérovée, Childéric, Clovis, Clotaire et ses six femmes, et Chilpéric, son contemporain, dont la troisième épouse, Frédégonde, assassinera la seconde, Galswinthe, dont la sœur, Brunehilde, déclenchera une faide, guerre de vengeance qui durera de 561 à 613.    

Ainsi, nous avons de Clothilde, épouse de Clovis et première reine connue, une vision édulcorée et confuse, mais qui nous donne quelques éléments sur la place des reines franques :

Grégoire de Tours écrit : « Quand il l’eut vue, le roi fut rempli d’une grande joie et il se l’associa par le mariage, alors qu’il avait déjà d’une concubine un fils nommé Thierry. »

Un peu plus loin : « on appelle fils de roi ceux qui ont été procréés par des rois sans tenir compte désormais de la famille des femmes. »

C’est dire l’importance accordée aux femmes légitimes, perdues au-milieu d’une cohorte de concubines, trente-trois pour Dagobert, et dont le principal rôle est de fabriquer des héritiers.

La belle histoire de Grégoire de Tours sur le rôle de Clothilde dans la conversion de Clovis doit être prise avec beaucoup de réserves. Il est probable que cette conversion obéissait à des motivations plus politiques que matrimoniales.

En ce qui concerne Radegonde, l’épouse de Clotaire qui, poursuivie par des guerriers de son mari, fit instantanément pousser l’avoine pour s’y cacher.

Questionnés par les poursuivants, les moissonneurs, purent affirmer qu’ils n’avaient vu personne dans le champ depuis le temps où cette avoine avait été semée. À partir de ce moment, Clotaire lui laissa suivre son chemin vers une vie consacrée à la religion. Je vous laisse juge.

De Bathilde, les chroniques mérovingiennes disent très peu de choses. Une « Vita sanctæ Bathildis » anonyme, écrite peu après sa mort. Il semble qu’elle ait exercé une régence efficace après la mort de son mari, Clovis Deux. Mais j’ai déjà écrit à son sujet.

De tout ça il ressort que la plupart des écrits aient été destinés à donner des visions édifiantes des reines qui ont créé de nombreux monastères et ont été béatifiées. Pour les autres, on ne sait pas grand-chose. Et nous sommes dans une société de guerriers, très misogyne. Je n’en veux pour exemple que le cas de Plectrude, épouse de Pépin de Herstal a été confrontée à l’hostilité des barons et vaincue par Charles Martel à Amblèves le 28 mai 717. Sa défaite illustre bien l’état d’esprit des Grands de l’époque alors que son mari avait désigné Théodebald comme son héritier et qu’elle devait assurer la régence.

Charles Martel ayant éliminé la concurrence, peut fonder une nouvelle dynastie.  

J’ai écrit plusieurs pièces de théâtre historiques à ces reines mérovingiennes, dont Bathilde, pour qui j’ai une certaine tendresse. N’hésitez pas à vous rendre sur ma page consacrée au théâtre historique : Cliquer ici

Vitrail de la basilique Sainte-Clotilde à Paris représentant sainte Radegonde et daté de 1854

Les reines carolingiennes.

Statue de Bertrade par Eugène Oudiné dans le jardin du Luxembourg

Agobard, évêque de Lyon, (769-840), présente ainsi le rôle des reines : « elle est une auxiliaire du roi et doit gouverner à ses côtés. »

Bertrade de Laon, Bertre au Grand Pied semble avoir joué un rôle de conseillère auprès de Pépin le Bref. Mais son fils, Charlemagne, l’exile à Choisy-au-Bac.

Richilde d’Ardennes, épouse de Charles le Chauve administre le royaume occidental pendant les absences de son mari. Elle aide son frère, Boson, à devenir roi de Provence et revient au pouvoir, pendant les règnes de Louis Trois et Carloman Trois, mais les grands l’obligent à se retirer en Provence après leur mort précoce.

Richarde de Souabe, épouse de Charles le Gros dont la santé est mentale est défaillante, prend l’administration politique en main et sauve la situation. Mais des courtisans, suggèrent au roi que sa femme la trompe. Celui-ci la répudie arguant que le mariage n’aurait jamais été consommé. Il ne lui survivra pas longtemps. Il sera déchu et mourra peu après. L’Empire d’occident, fondé par Charlemagne, s’écroulera avec lui, et la dynastie carolingienne s’éteindra doucement. Tout ça parce que le jaloux a écouté des médisances.   

C’est grâce à une femme, Edwige de Wessex, épouse de Charles Trois le Simple, que la dynastie connaîtra son dernier sursaut. Lorsque son mari est capturé et fait prisonnier par Herbert Deux de Vermandois, en juillet 923, elle met leur fils, le futur Louis Quatre, en sûreté à la cour d’Angleterre. Hélas, en 954, Louis fait une chute de cheval et en meurt. Gerberge de Saxe, son épouse, une femme énergique qui avait réussi à obtenir la libération de son mari lorsqu’il était prisonnier des normands, a eu le temps de lui donner sept enfants.

Emma d’Italie épouse Lothaire en 965 et lui donne deux enfants, le futur Louis Cinq, et Othon, mais son beau-frère, Charles de Basse-Loraine, l’accuse d’adultère avec Adalbéron, évêque de Laon.  Elle est innocentée mais le mal est fait. Emma force son époux à associer son fils au trône. Lothaire obéit. Mais lorsqu’il meurt, en 986, Louis accuse sa mère Emma d’avoir empoisonné le roi et la chasse de la cour.

Lorsqu’Adélaïde d’Anjou épouse Louis Cinq, le dernier carolingien, elle est déjà deux fois veuve. Elle le sera cinq fois en tout. Il y a des femmes qui ne portent pas la chance. Et ça ne rate pas. Le 23 mai 987, Louis se tue dans une chute de cheval, comme son grand-père.

S’en est fini des carolingiens.

Les reines sacrées.

Une nouvelle dynastie entre en scène. Le 3 juillet 967, Adélaïde d’Aquitaine, (945-1004), est sacrée à Reims, en même temps que son mari, Hugues Capet.

Hugues n’aura qu’une seule épouse et la reine est présentée comme une associée au trône et capable de représenter son mari à l’extérieur du royaume. Elle accompagne son mari durant ses voyages auxquels elle confère un caractère public et solennel et est parfois chargée de missions diplomatiques. Ainsi, elle va rencontrer Theophano, impératrice du Saint-Empire.

Elle va même participer aux expéditions militaires et y jouer un rôle actif, comme garder une ville fortifiée en commandant des garnisons d’hommes armés.

L’accusateur public Fouquier-Tinville a peut-être rendu un bel hommage à la reine Marie-Antoinette en l’appelant « veuve Capet », lors de son procès.

Adélaïde d’Aquitaine
Anne de Kiev dans une fresque de la, cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, onzième siècle

Son petit-fils, Henri Premier est plus célèbre pour son mariage avec Anne de Kiev, que pour l’ensemble de son règne. Anne sera co-régente de son fils avec Raoul de Crépy, comte de Valois, qu’elle épousera. Mais celui-ci ayant répudié son épouse légitime, le couple est excommunié.  Anne fait reconstruire une église à Senlis et fonde l’abbaye Saint-Vincent, et tout s’arrange.

Philippe, son fils, vaincu à Bavinckhove, par Robert le Frison, n’a d’autre choix que d’épouser Berthe de Frise. Il finira, cinq enfants plus tard, par la répudier et la faire enfermer pour épouser Bertrade de Montfort. L’Eglise, bien entendu, excommunie le couple, ce qui entraine une situation difficile. Chaque fois qu’ils se rendent dans une ville du royaume, les offices sont suspendus et les églises se ferment. Mais le couple tient bon, et seule la mort de Philippe les sépara.

Ces mésaventures n’empêcheront pas le petit-fils de Philippe, Louis Sept d’annuler son mariage avec Aliénor d’Aquitaine.

A l’origine, une divergence de caractère. Il faut dire qu’Aliénor, petite-fille de Guillaume le Troubadour a été élevée dans le temple de l’amour courtois et est une femme cultivée et raffinée. Tandis que Louis voulait devenir moine.

Ce fut une des plus grosses erreurs politiques de l’Histoire qui privera la France d’immenses territoires et fera du roi d’Angleterre un vassal plus puissant que le roi. Ce sera une des causes de la guerre de cent ans. Cette fois-ci, l’Eglise soutiendra le roi, sous le prétexte d’un vague cousinage, au neuvième degré. On a vu pire !

Ainsi se termine l’histoire des reines des francs puisque le fils de Louis Sept sera Philippe Auguste et qu’il faudra parler désormais reines de France.   Et je vous promets d’écrire bientôt un article à leur sujet.

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La condition féminine au moyen-âge : Cliquer ici                                                         Le droit des femmes à la couronne : Cliquer ici

Barbe de Verrue, une troubadouresse du 13° siècle : Cliquer ici                               Le langage médiéval : Cliquer ici

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Et, régulièrement, de nouveaux sujets.

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