Existe-t-il une vérité médiévale ?

histoire médéviale

Cet article est issu de l'avant-propos de mon livre, "Lexique du Médieval". Un guide simple avec des repaires historiques, quelques notions pour mieux aborder la langue d’oc, puis une découverte de la vie au moyen-âge, comment on se lavait, comment on mangeait, comment on aimait, l'art troubadour et ses femmes et hommes de talent avant un lexique de milliers de mots divers que j’ai tirés de traductions.

Je ne connais pas la vérité, je la cherche.

Avec cette autre question en filigrane :

Existe-t-il une vérité médiévale ?

La disparition d’un très fort pourcentage de la documentation de l’époque, que ce soient des documents juridiques, administratifs ou culturels, soit parce qu’ils se sont perdus, qu’on les ait détruits, n’en comprenant pas l’intérêt pour les générations futures, qu’ils ont subi l’altération du temps ou parce qu’ils ont été victimes du vandalisme révolutionnaire, en particulier par la folie destructrice qui a suivi le décret du 14 août 1792, ordonnant l’enlèvement de toutes les statues, des bas-reliefs, inscriptions, et autres monuments en bronze ou en toute autre matière.

 

Ce vandalisme dériva rapidement vers la destruction systématique de tout ce qui rappelait l’ancien régime et on ne prenait même plus la peine de vérifier le contenu du livre qu’on jetait sur le bûcher. À la destruction volontaire de milliers de précieux documents s’ajoutent celles causées par les incendies, comme celui de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, le 19 août 1794.

Bien pire encore fut la caricature de l’Histoire imposée par la propagande républicaine, principalement au dix-neuvième siècle et dont les effets persistent jusqu’à notre époque dans l’idée qu’on se fait de cette période comme d’une période obscure qui se résume à cette expression : « On n’est plus au moyen-âge ! » 

 

Un seul écrit, comme les Coutumes de Beauvaisis. Un recueil du droit coutumier, corpus jurisprudentiel produit par les tribunaux de bailliage, rédigé par Philippe de Beaumanoir, nous permet d’avoir une approche des us et coutumes de cette période et, en particulier, de la condition féminine. Pourtant, aussi précieux qu’il soit, il ne s’agit que d’une photographie prise à un moment donné et en un lieu précis.

 

Il en est de même de la production des troubadours dont l’essentiel a disparu, certainement parce que sa diffusion se faisait essentiellement par voie orale et qu’elle était rédigée occasionnellement par quelques scribes. C’est particulièrement le cas pour la production féminine, de l’œuvre de nos trobairitz dont il ne nous reste qu’un nombre infime de transcriptions musicales de leurs cansos : A chantar m’er, de Béatritz de Dia et « Amours, ou trop tart me sui pris. » de la Roïne Blance qui n’est autre que Blanche de Castille et les œuvres sublimes d’Hildegarde von Bingen. C’est bien peu en comparaison du nombre de poétesses répertoriées dont il nous reste quelques textes.

Dès lors, nous manquons d’une précieuse documentation et il faut accepter notre ignorance, accepter une vérité un peu « péplum » mais qui nous permettra d’aborder le passé avec une certaine ouverture d’esprit et de comprendre ses éléments essentiels, estimer cette époque sans mépris et à sa juste valeur en utilisant toutes les ressources iconographiques et littéraires qui nous restent dans une exploration toujours évolutive de l’Histoire médiévale.

 

Nous avons fixé notre opinion sur les celtes à partir des écrits de César, un peu subjectifs, on le reconnaîtra, et parlant d’une civilisation plusieurs fois millénaire qu’il n’a observé que dans sa période de déclin. Nous faisons de même avec le millénaire médiéval dont nous n’observons que le sinistre quatorzième siècle, ses guerres, ses épidémies et le fanatisme religieux avec les cruels inquisiteurs… La torture, par exemple, a été principalement utilisée dans le cadre de la lutte contre l’hérésie, initiée par le pape Innocent Trois, son usage s’est développé au treizième siècle et elle n’a été utilisée par le pouvoir royal que lors du procès contre les Templiers, qui étaient accusés d’actes d’hérésie et contre les frères d’Aunay, accusés de rapt d’honneur sur personne de majesté royale pendant le règne de Philippe le Bel, au début au quatorzième siècle, soit à la fin de ce qu’on appelle le moyen-âge. 

 

On voit combien nos manques de sources d’informations et le nombre des variantes sur ces mille ans d’Histoire et sur des peuples aussi variés que les tribus saxonnes, les peuples du pays d’Oc, d’orient ou d’une péninsule ibérique occupée par les mahométans rendent toute généralisation impossible. D’autre part, étudier le moyen-âge de manière globale, l’époque des tribus franques, de Charlemagne et des troubadours comme ne faisant qu’une serait comme parler de l’époque moderne sans différencier les temps de la renaissance, de la révolution et les deux guerres mondiales. Pour ma part, je me cantonne généralement à ce que j’appelle le temps des troubadours, des onze, douze et treizième siècles, plus précisément à une période allant de 1071 à 1270, la naissance de Guillaume Neuf d’Aquitaine, le premier poète occitan à la mort de Louis neuf, Saint Louis, roi qui a marqué son temps par la modernité de ses réformes.

 

Cet ouvrage est donc un voyage dans le temps que je me propose de faire avec vous. Je veux vous faire découvrir une époque, rencontrer des femmes et des hommes du moyen-âge qui pensent, qui aiment, qui ont des connaissances qui nous étonnerons dans les domaines scientifiques, physique, astronomie, médecine et que nous pouvons considérer comme les dignes descendants des sages grecs et des druides celtes et vous faire découvrir quelques mots piochés ça et là dans des textes de cette époque.

 

Il faut savoir aussi que, même à une époque donnée et dans un lieu précis, il n’existe pas non plus de vérité absolue et dans aucun domaine, en particulier celui du langage. Chacun a son langage, et ça durera, même après l’ordonnance de Villers-Cotterêts, jusqu’à ce que la révolution prenne en compte l’importance d’un langage unique pour la diffusion de la propagande. Les statuts des populations médiévales étaient aussi figés que variables. Les statuts, en particulier ceux qu’implique le système féodal, connaissaient de nombreuses exceptions.

 

En principe, les femmes étaient faites pour procréer et les paysans pour travailler comme le chevalier et le noble étaient là pour assurer la sécurité aux frontières et les religieux pour prier.

Pourtant, si ces rôles sont très définis dans une société où la hiérarchie est essentielle, du cerf jusqu’au plus puissant suzerain, en passant par une multitude de vassaux qui sont parfois plus puissants que ceux à qui ils doivent obéissance, le roi d’Angleterre ou le duc d’Aquitaine, par exemple, il existe de très nombreuses exceptions au sein même des catégories sociales qui font que certaines femmes ont été des chefs d’entreprises ou des artistes renommées en leur temps, que l’Église a pris très vite un rôle politique de plus en plus prépondérant, que la bourgeoisie, elle aussi, a commencé a prendre une importance qui va bouleverser l’organisation sociale du pays en devenant une puissance économique et politique grandissante qui prendra, peu à peu le pouvoir. 

     

Le moyen-âge est fait d’incertitudes et de lacunes qu’il faut sans cesse combler. Mais, à douter de tout, on finit par douter de l’Histoire elle-même et il faut pour progresser, faire un savant dosage de ces éléments incertains et non vérifiables mais les érigeant en hypothèses de travail afin de faire progresser nos connaissances. Et puis, les sources dites crédibles sont très nombreuses mais parfois discordantes et nourrissent ces contradictions.

 

Je ne considère donc pas cet ouvrage comme doctoral mais comme un survol de ces deux siècles de notre Histoire que je veux vous faire découvrir.

 

 

Le moyen-âge est une jeune fille pudique qui se dérobe quand on s’approche et se dévoile légèrement quand par trop on s’éloigne.